Month: janvier 2015

L’environnement pierre angulaire de la santé : le PNES 3

« Protéger l’environnement », « sauvegarder la nature », « sauver le climat »….. Il nous faut l’avouer : les mots d’ordre et les slogans du mouvement environnementaliste sont globalement assez contre-productifs. En faisant de sujets immatériels (« le climat, « l’environnement » etc) l’objet de leur préoccupation, ils tendent à conforter en arrière plan, l’idée très Occidentale (et très fausse) d’une séparation profonde entre l’homme et le monde naturel – qu’il faudrait protéger, mais surtout à nos dépens.

« le lien est fait entre les dégradations
 de l’environnement et l’épidémie de maladies
    chroniques que nous connaissons actuellement »

Tout l’intérêt du troisième Plan national santé – environnement (PSNE) présenté en conseil des ministres mi novembre et qui a été au menu de la conférence environnementale qui s’est ouvert le 27 novembre, était précisément de placer ce que nous avons de plus intime et de plus précieux – notre santé – au cœur des préoccupations environnementales. Vouloir préserver l’environnement n’est pas qu’une lubie de « bobos-écolos » : c’est avant tout une question de santé public.

Par rapport au deux précédents PNES, cette troisième édition, qui doit servir de feuille de route à l’action du gouvernement jusqu’en 2019, présente plusieurs inflexions importantes « en particulier, le lien est fait entre les dégradations de l’environnement et l’épidémie de maladies chroniques que nous connaissons actuellement et sur laquelle l’Organisation mondiale de la santé a attiré l’attention à l’automne 2011 » précise le député G. Bapt, président du groupe santé – environnement qui a co-piloter ce troisième PNES.(Slat Nov.2014)

« il faut désormais parler d’exposome, c’est-à-dire
     des expositions chroniques cumulées à des agents chimiques »

Les facteurs comportementaux – en particulier le tabagisme, la consommation d’alcool, une sur-exposition au soleil, interviennent, bien sur, pour une large part. Mais le PNES prend aussi clairement acte que ce qu’une part de l’augmentation d’incidence de certaines pathologies non transmissibles (cancer, diabète, maladies neuro-dégénératives, etc) est due à la dégradation au sens large de notre environnement : résidus des matériaux au contact des aliments, traces de pesticides dans l’eau de et l’alimentation quotidienne, métaux lourds, une atmosphère saturée de CO2, de fluxant (HPA), de mercaptan (neutraliseur d’odeur), de dioxyde d’azote (NOx), de monoxyde de carbone (CO), de poussière…etc.

D’ailleurs ce comité de pilotage du PNSE 3 (voir : www.santé.gouv.fr) note « il n’est plus seulement question d’évaluer les effets ponctuels de l’exposition d’une substance sur une population donnée ; il faut désormais parler d’exposome, c’est-à-dire des expositions chroniques cumulées à des agents chimiques, y compris à faibles doses sur la population générale » Dr. (voir Christopher Wild, a cancer epidemiologist « Complementing the Genome with an “Exposome” 2005)

Le texte du PNSE 3 va même assez loin en estimant « que les données sanitaires sont suffisamment inquiétantes pour qu’il y ait une réelle prise de conscience politique et citoyenne sur les risques en santé environnementale » Nous voici très loin du discours rassurant selon lequel tout va pour le mieux puisque l’espérance de vie n’a jamais été aussi élevée – discours soutenu par les lobby économico- industriel qui omettent systématiquement de préciser que l’espérance de vie n’estime que les bénéfices acquis et non les dégâts à venir.

Le PNSE ne se limite pas aux pollutions diffuses. Il prévoit aussi la conduite de deux expertises collectives chargées d’explorer les liens entre espace naturel, biodiversité et santé humaine. La question est à ce jour sous les feux de l’actualité : selon plusieurs spécialistes, la déforestation forcenée des forêts en Guinée forestière a conduit au déplacement des chauves-souris (chiroptères), réservoirs du virus d’Ebola, qui se sont rapprochées des villages,  augmentant les risques de transmission de la maladie aux hommes. (WWW.repoterre.net)

la maladie de Lyme (transmise par les tiques) estdevenue en quelques années la deuxième maladie infectieuse aux
US derrière le sida….

Les exemples ne manquent pas, certains explicitant que la destruction des milieux naturels peut avoir un impact sur la santé humaine. En Asie du SE l’implantation incontrôlée des palmiers à huile au détriment de la forêt primaire, a rapproché les populations de macaques (singe : macaca nigra) des lieux fréquentés par les hommes conduisant à l’émergence d’une nouvelle souche de paludisme particulièrement virulent (Plasmodium knowlesi : 700 000 cas mortels en 2012).

On pourrait penser que ces périls ne menacent que ces régions du bout du monde, tropicales et pleines d’étrangetés dangereuses. Pauvre de nous, la réalité est tout autre. Aux Etats Unis, la perte des habitats forestiers naturels et l’adoucissement des températures moyennes favorisent la propagation de la maladie de Lyme (transmise par les tiques) devenue en quelques années la deuxième maladie infectieuse aux US derrière le sida…. (voir Le Monde Dec2014)

« il n’y a pas de chose telle qu’un repas gratuit » (R.A.Heinlein, Révolte sur la Lune (1966))                                 Aujourd’hui l’expression « on n’a rien sans rien » implique qu’une addition doit finir toujours par être réglée, chaque citoyen quelque peu soucieux de ce qu’il laissera derrière lui peut la reprendre à son compte. En 1963, lorsque R.Carson publia son ouvrage « Printemps silencieux » – acte fondateur du mouvement l’environnementaliste moderne – elle fut raillée pour sa propension à s’émouvoir des effets délétères du DDT (DDT wikipédia) dans notre l’environnement immédiat. Cet insecticide à la faculté de se transmettre dans la chaine alimentaire dont les primates que nous sommes font partis, ce qu’il faut de temps en temps rappeler.

Quatre décennies après son interdiction on le trouve encore comme facteur aggravant (5 fois plus) chez la femme (cancer du sein), il est parmi les plus fameux perturbateurs endocrinien suspecté d’augmenter les risques de certaines pathologies dont la maladie d’Alzheimer. R Carson était accusé d’avoir pris le parti de la nature contre ces braves industriels qui ne pensaient qu’à notre bonheur.(voir Le Monde S.Foucart 25/11/14)

Plus proche de nous, un incinérateur a déversé ses tonnes de dioxine pendant de trop nombreuses années, une station d’enrobée recrache ses HPA et autres métaux lourds alors que proche d’un lotissement.                                                                                                                        En application de ce PNSE 3 lancé par le gouvernement, l’association SES demande en autre, le lancement, sur le site de la station d’enrobée de la Société Chambard, d’une étude épidémiologique et d’une contre expertise sur les résultats de l’étude d’impact sanitaire et environnementale.

Le Bureau SES